BARAK ALLAH OUFIK

-Jean-Baptiste Janisset-

Les sculptures impliquent plusieurs couches de lecture. À l’histoire coloniale, dont l’artiste s’approprie physiquement les vestiges architecturaux et sculpturaux, se superpose une réflexion portée sur les croyances et les pratiques religieuses. Nous voyons alors les moulages d’ossements d’un bœuf sacrifié lors d’une cérémonie du Magal réalisé à Touba au Sénégal.

La ville de Touba est fondée en 1887 par le Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké (1853-1927), un prêcheur musulman soufi acétique, mystique et pacifiste. Ce dernier, considéré comme dangereux par l’administration coloniale, est emprisonné et déporté au Gabon, puis en Mauritanie. Ses croyances et sa vie ont donné lieu à une nouvelle religion. La cérémonie du Magal (en wolof : « Célébrer, rendre hommage ») commémore l’exil forcé du chef spirituel. Jean-Baptiste Janisset a participé à la cérémonie en sacrifiant un bœuf qui a ensuite été partagé collectivement.

Texte : Julie Crenn

 

BIO

Texte : Entretiens avec Marion Zilio, 2019

Ma mère est médium et mon père pâtissier, ce n’est certainement pas un hasard si je moule désormais des figures de cultes
ou religieuses. Pour réaliser ces empreintes, je me présente aux prêtes des paroisses ou travaille avec des interlocuteurs ou
des amis à l’étranger. J’ai ainsi rencontré le frère du Roi de Ouidah, Serigue Cheick Gueye de Touba, Kader d’Alger, et la
structure de ma résidence au Japon a fait la démarche auprès du Bonze. Il m’est aussi arrivé d’en voler ! Ce sont alors des
actes exécutés en France dans des contextes d’histoires et de politique assez mystérieux.

Ces reproductions d’effigies sont ensuite mises en scène dans l’espace d’exposition et ornementées de guirlandes lumineuses.
Je rehausse également l’arrière des pièces d’une couleur franche ce qui accentue l’effet de halo. Certains y verront l’expression
d’un kitsch profane, pour moi, il s’agit au contraire de recouvrer la trace d’un sacré via les éléments de notre culture du spectacle.
La copie, le display, les néons et les couleurs fluo sont autant de moyens qui me permettent de renouer paradoxalement avec
la valeur cultuelle, mais encore les notions de rites ou de cérémonies. C’est aussi la raison pour laquelle j’utilise des matériaux
qui se neutralisent, tels que le bronze ou le cuivre qui sont conducteurs, et le plomb qui radie les ondes.

J’aime l’idée de rassembler les stigmates de divers cultes — archaïques et modernes — dans une communion syncrétique ;
de vivre dans un monde globalisé post-industriel et de le transfigurer dans une mise en scène digne d’un cénotaphe ou d’une arche. Il s’agit, pour moi, d’incarner des formes d’esprit. Je cherche à croiser des intentionnalités dans des réseaux de communication intermonde, d’où probablement la présence de LED, de fils conducteurs, voire énergétiques, dans mes installations.

Lorsque je suis à proximité des statues, j’ai le sentiment d’entendre leurs murmures, mon esprit est captivé et je me plais à imaginer leur mutation par des procédés de reproduction. C’est sans doute pourquoi j’ai ressenti l’appel de l’Afrique dès le début de mes études aux Beaux-arts. Depuis, j’ai découvert plusieurs pays et j’ai rencontré de belles personnes ancrées dans la foi d’Allah, de Jésus, des cultes vaudous et des esprits. Je veux certainement me confronter à des individus qui demeurent à l’écoute des arrières-mondes, dans le respect de leurs cultes et de leurs ancêtres.

 

+info

http://www.jeanbaptistejanisset.com/